Salta, octobre 2006


De Salta, cap sur San Pedro de Atacama (Chili), puis sur Tupiza (la Bolivie, à nouveau). Aurions-nous perdu le Nord ? Un petit peu, on l'avoue. Le Sud Lípez nous attire comme un aimant et nous gravitons autour…

La route Argentine-Chili nous fait à nouveau prendre de l’altitude… des paysages de plus en plus arides, quelques cactus encore et puis, soudain, le Salinas grandes. Joie des petits et des grands de retrouver les sensations du Salar d’Uyuni. Même blancheur éclatante, mêmes tas de sel qui se découpent sur un ciel outrageusement bleu.
Les Graines de Baroud’ manquent de patience pour la séance photos, tant pis pour eux, nous, on s'amuse comme des gosses ! 
minus delire
lamas
Pour passer la nuit à une altitude "convenable", nous élisons Susques (3700m !), sa pampa, ses ânes, ses moutons et ses lamas. Le lendemain, la frontière chilienne (le Paso de Jama) est longue à venir. Déjà pas bien véloce à cette altitude, Harvé est sans cesse distrait... par la proximité des vigognes. Habituées aux poids lourds locaux, elles ne se laissent pas vraiment impressionner par ses mensurations. Par contre, elles se défilent dès que nous essayons de poser un pied dehors...
Sans oublier les flamants... quelques kilomètres à peine avant la frontière. Impossible de résister, je m’enfonce dans les marais (au sens propre comme au figuré !). Mais les satanées mouettes donnent l'alerte, et je les regarde m'échapper, les deux pieds dans la vase. Depuis le camping car, Charles observe la scène encore plus frustré de n'avoir qu'un téléobjectif et deux enfants à charge (trop tard pour faire l'échange ?). Mais il aura sa revanche... c'est moi qui me résigne quelques heures plus tard, tandis qu'il part traquer nos premières vigognes chiliennes,  sur fond de lagune bleu azur...
à deux
Nous ne nous attendions pas à de tels paysages, qui, sous un soleil radieux, n’ont rien à envier au Sud Lipez. Les mêmes lagunes aux couleurs irréelles, les mêmes montagnes, les mêmes volcans aux crêtes acérées… c’est magnifique, et surtout inestimable d'aller à son propre rythme, sans devoir graisser la patte au chauffeur.
Les enfants se réveillent pour goûter devant la face chilienne du volcan Licancabur, il y a un mois à peine on admirait la face bolivienne, la boucle est bouclée…

San Pedro de Atacama, hors saison, est un petit village tranquille. Pas tout à fait adapté aux dimensions d’Harvé, mais une fois installés au camping, nous apprécions pleinement ces petites rues en terre bordées de maisons blanches et ocre en adobe. Curieux mélange d’architecture traditionnelle (le village est classé), et de modernisme (cybercafés et restos tous les 2 m), San Pedro nous retient pendant… presque 10 jours !
san pedro
lucky
Il faut dire qu’il y a de quoi faire dans les environs. Se prendre pour Lucky Luke, d'abord, en traversant la Valle de la Muerte sous un soleil de plomb. Enivrant,  si l'on parvient à maîtriser Jolly Jumper en plein galop... Pour la Valle de la Luna, nous nous joignons à un "groupe". Sans regret, puisque le guide nous fait passer par un défilé magnifique entre les rochers et que Romain se régale à escalader les dunes. Mais décidément, dur de se réhabituer aux arrêts photos chronométrés, alors nous récupérons notre roulotte pour faire cap au sud en oubliant la montre.
Le Salar d’Atacama éblouit moins que ses voisins, mais il abrite une réserve de flamants roses. Nous atteignons ensuite Toconao puis la Quebrada de Jere. Un mini ruisseau, des arbres et même un peu d’herbe, rien de mirifique, si on n’était pas en plein désert. On en aura fait du chemin pour regarder nos enfants barboter dans un ruisseau… d’autant qu'en continuant vers les magnifiques lagunes Miñiques et Miscanti, on a tout à coup la vision d'un lac pyrénéen… ah nostalgie quand tu nous tiens ! miscanti

En fait, nous "perdons" un temps précieux à San Pedro à démarcher les agences... boliviennes. C'est en effet les seules habilitées à satisfaire notre petite lubie : retourner dans le Sud Lipez. Il est là, tout proche, à nous narguer derrière la frontière... Il existe un tour d'1 journée, parfait pour nous, mais encore faut-il trouver d’autres voyageurs pour partager le 4x4… et la facture. Nous patientons, tant bien que mal, pendant 4 jours… mais tout est oublié devant la Laguna colorada, rouge brique, et ses milliers de flamants roses.  flamants
Les lagunas changent tellement d’apparence en fonction des vents et de la lumière, qu’on ne voit jamais le même spectacle… les 3 Brésiliens qui nous accompagnent sont ébahis. Moi, je me surprends à envier le sort de notre chauffeur, qui sillonne inlassablement ces paysages surréalistes. Mais il lève à peine les yeux de la piste (et c’est plus sûr !), ça fait plus d'une semaine qu'il n'est pas rentré chez lui... laguna colorada
licancabur La journée s'achève devant la Laguna Verde, le coeur serré, puisqu'il faut nous résoudre à faire nos adieux au Sud Lipez... mais Charles sort son jocker : il rejoint in extremis un groupe de Français rencontrés au refuge pour faire l’ascencion du volcan Licancabur (5960 m). Une frontière nous sépare donc pour la nuit... et quelques détails : levé à 2h du mat, il affronte les 5h30 de montée dans un vent glacial, avec 3 galletas et une banane dans le ventre, quel veinard quand même... 

Charles revient fatigué mais heureux d'avoir fait le "tour de la question"... enfin presque, il manque une dernière virée...  jusqu’à Tupiza. Pour me convaincre de la nécessité d'un nouveau séjour en Bolivie et surtout des 2h30 de piste (et quelle piste !) pour y arriver, il me fait ce petit schéma. Indiscutable. Au risque de réveiller la suspicion des douaniers, nous quittons donc le Chili, pour rejoindre l'Argentine, et remonter... en Bolivie. Où nous restons 4 jours ! (au retour, le douanier argentin, comme prévu, y perd son latin... et nous... pas mal de temps et de patience !). quebrada palapa
Tupiza est heureusement plus animée et accueillante qu'Uyuni. Nous n'y restons pourtant pas longtemps, bien que les environs regorgent de sites grandioses où nous n'avons que l'embarras du choix pour bivouaquer. Dommage, le ciel couvert ne met pas en valeur la palette de couleurs des roches qui nous entourent. 
boliviennes
On nous recommande la Quebrada seca, presque "aménagée" pour les campeurs. Par chance, nous nous arrêtons quelques centaines de mètres trop tôt, au bord d'une rivière. A quelques mètres, les paysans travaillent dans les champs, et le camping car est vite entouré d'une nuée de petits curieux... Romain se dépêche de prêter ses jouets, et eux, leur bonne humeur. Le lendemain, plusieurs d'entre eux reviennent nous offrir... une salade. J'ai honte, c'est l'échange le plus profond que nous avons réussi à avoir avec des Boliviens.

Ça y est, nous sommes de retour en Argentine, pour un petit bout de temps...
En partant de Tupiza, nous savions que la journée serait dure. Bilan : 2h30 de piste, 1 frontière, 2 pneus éclatés, 1 douzaine d'oeufs pulvérisée (les oeufs se vendent à l'unité en Bolivie, sans boîte, comment avons-nous pu oublier ce détail !). Mais nous repartons quand même pour la laguna Pozuelos, encore 2 h de piste...
Journée d'enfer... pour arriver au paradis.
harve

flamants

En fin de saison sèche, le lac n'est plus que l'ombre de lui-même... il faut marcher longtemps pour saluer les flamants. Difficile de motiver Romain sur ce terrain à perte de vue, alors il enfourche son vélo pour courser les vigognes !
Et nous partons chacun à notre tour, moi en fin d'après-midi, Charles au petit jour, pour quelques heures de pur bonheur... On file du mauvais coton, après des journées pareilles, on a du mal à s'imaginer dans le métro.
Le soir, en fermant les yeux, je vois un ballet de vigognes... on a dû en capturer une bonne centaine aujourd’hui… faudra se résigner à en libérer quelques unes.

Comment approcher un lama ? Se faire aussi discret qu’une vigogne
Comment approcher une vigogne ? Se faire aussi éthéré qu’un flamant
Comment approcher un flamant ? Faire taire les mouettes (pas encore trouvé comment) !

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