Pour
les fêtes, les voyageurs au long cours
se
retrouvent traditionnellement en Terre de Feu. Mais au dernier moment, nous
préférons bifurquer
vers l’intérieur du pays pour rejoindre les
Glaciers : il
fait -5° à Ushuaia, on a tout le temps d’y
arriver, et
nous aurons ainsi le Perito Moreno pour "nous seuls"
avant l’arrivée des "aoûtiens"
argentins (grandes vacances en janvier-février !).
| Pour
rejoindre El Calafate, gros dilemme : 200 km de piste ou 480 km
d'asphalte. Comme d’habitude, je suis pour le "plus
court sur
la carte", mais Charles ne me pardonne pas le "raccourci" en Equateur
qui s’était
soldé par 6h de
piste exécrable. Il se laisse pourtant convaincre et nous
traversons le cœur de la Patagonie : des barbelés
devant
des champs arides battus par les vents, des masses moutonneuses qui
s’enfuient mollement derrière ces
barbelés, de
vagues pancartes sur des portails de bois signalant
l’entrée sur une nouvelle estancia…
quelle
peut être la vie ici ? |

|
| De loin en loin,
nous apercevons un gaucho,
mais la tête rentrée dans les
épaules,
courbé sur son cheval, il lutte contre le vent et ne voit
rien,
ni personne… Charles a un peu la même attitude,
crispé sur son volant, il faut dire qu'avec des bourrasques
à plus de 100 km/h, la
bête n'est pas facile à
maîtriser... |
Nous atteignons El Calafate le 23 décembre, à la
recherche d’un hypothétique sapin de
Noël. Dans la
rue principale, les boutiques chics se succèdent dans de
petits
chalets en bois, les touristes font du lèche-vitrine en
doudoune
et lunettes de soleil, c’est Megève sans la neige,
Chamonix sans le ski. Le vent ne nous quitte plus depuis une quinzaine
de jours, mais là, il est devenu glacial… on se
réchauffe dans une institution locale, le Rick’s.
Nous
partageons avec nos deux moineaux le tenedor libre, menu
à
volonté, c’est à dire en Argentine, un
buffet de crudités un peu chiche et un monton de
viandes grillées qui
se succèdent, bœuf, agneau, poulet, saucisse,
boudin, etc.
On arrive rapidement à saturation… et on se
passera de
viande pendant plus de 3 jours !
 |
Nous
partons le 24 dans le parc national des Glaciers et nous nous garons
innocemment au pied du Perito
Moreno. Le camping n’est pas
autorisé,
mais les guadaparque
ont sans doute plus à cœur de
surveiller la
cuisson de la dinde que de déloger les fraudeurs…
Une descente de
quelques minutes à peine sur des passerelles de bois et nous
voilà
devant le glacier : 60 m de haut, 5 km de large et 15 km de long !
C’est un spectacle hypnotique… Nous gardons les
yeux rivés sur ces
blocs de glace qui craquent, gémissent, ploient…
et s’effondrent. Les
séracs ne sont pas blancs, mais bleutés,
d’où l’étrange couleur
bleu-vert du lac Argentino
dans lequel ils
s’écroulent.
|
| Il
faudrait un silence religieux pour écouter le
glacier…
mais il y a encore des
groupes bruyants sur les passerelles, il y a Romain, qui a froid et qui
répète comme un disque rayé "quand
est-ce que ça va tomber ?", et
il y a Inès, qui gémit en concert avec les blocs
de glace, parce que les
craquements effraient ses pauvres petites oreilles…
|
| Alors, le 25
décembre,
nous sautons hors de la capucine à 7h pour nous offrir
"notre" cadeau de
Noël : un Perito Moreno vierge, désert et
silencieux ! Nous savourons cette
heure inoubliable, seuls face au glacier, sur une passerelle
fermée au
public
(deuxième refus d’obéissance le jour de
Noël, bel exemple !). Retour
à
8h dans le camping car, pour réveiller en douceur les
enfants, et
s’extasier avec eux sur la performance du
Père Noël, qui a su
retrouver leurs petits souliers, même sans
cheminée, même sans adresse
fixe… |

|
|
Mais
le Parc des Glaciers ne se réduit pas au seul Perito
Moreno,
une
excursion en bateau d'une journée nous permet d'approcher
également le glacier Upsala.
Il fait toujours un froid polaire et nous sommes un peu
sous-équipés (1 paire de gants pour 4), donc nous
nous
relayons pour aller sur le pont. Heureusement, de grandes baies
vitrées nous permettent d'assister aussi au spectacle de
l'intérieur, et quel spectacle ! Nous glissons au milieu
d'icebergs d'un bleu irréel, jusqu'au pied des glaciers. |
Après
5 h de bateau, nous nous arrêtons pour une petite balade
jusqu'au lac Onelli.
Inès tient à marcher toute seule,
malgré les
embûches, sans se préoccuper des touristes qui la
doublent, amusés par son petit pas
décidé... Nous avançons à
travers une forêt d'arbres morts. La terre sous nos pieds
n'est qu'une fine pellicule sur la roche, les arbres ne peuvent
s'y enraciner et résister longtemps aux vents
locaux. On compatit...
Le lac Onelli,
à la jonction de deux autres glaciers, est
couvert d'icebergs, aux formes et aux couleurs bizarres... pas le temps
d'en apprécier toutes les nuances, le ciel se couvre et le
retour en
bateau se fera sous la pluie...
|
 |
| Mais nous
commençons à avoir l'habitude des
giboulées patagoniennes et retournons passer la nuit au
glacier.
Bingo, nous nous réveillons sous un soleil radieux, et
saluons une
dernière fois le grand Perito
Moreno ! |
| Retour
à El Calafate...
on toque à la vitre. Chuper, les
Chaussende ! Une famille rencontrée à Salta, un
"grand" garçon et deux charmantes princesses voyageuses...
Romain
est aux anges ! Nous sommes le 28 décembre, le champagne est
donc sablé avec un peu d'anticipation.
Au bout de 3
jours, ni nos bavardages, ni l'excellent vin argentin ne semblent se
tarir, mais nous estimons raisonnable de
repartir. Eux vers le nord, nous vers
le sud... Sans chauffage ni eau
chaude, ils préfèrent tourner le dos à
Ushuaia
et retrouver la chaleur... |
 |
| C'est vrai que le
thermomètre oscille entre le "froid" et le "glacial", et que
les voyageurs moins
équipés commencent sérieusement
à
souffrir. Nous tenons enfin notre revanche sur les 4x4 qui nous
narguent sur les pistes, et nous apprécions à sa
juste valeur tout le confort de notre "8m et quelques" !!! |
| Le 31
janvier, nous sommes donc sur la route, entre El
Calafate et Torres
del Paine, l'Argentine et le Chili, sur des
routes typiquement patagoniennes,
monotones et interminables... au milieu de nulle part se tient la
dernière station d'essence avant le Chili, Tapi Aike.
Fermée pour cause de réveillon. Non seulement
nous ne
prenons pas d'essence, mais nous "sacrifions" un bidon à
un motocycliste sud-africain, complètement
à sec, et
lui évitons de passer un bien mauvais
réveillon. Un
cycliste transi, qui espérait sans doute se
réfugier
dans la
petite cafétéria, vient partager notre repas. La
Patagonie, ça rend solidaire... |
Nous atteignons enfin
les fameuses "tours" du Parque
nacional Torres del Paine. Il est tard, mais un
bivouac providentiel
nous attend, au bord du lac Nordenskjöld,
bien plus accueillant que son nom. Un peu de champ' dans la
dînette et
les petits sont rapidement incontrôlables, l'ambiance monte
sur
des rythmes latinos... tandis que brûle tranquillement le
"Poulet Torres
del Paine
à ma façon". Un réveillon royal,
si un couple de Belges ne s'étaient pas invités
en fin de
soirée, curieux de comparer le prix du
baril dans les différents pays d'amérique du sud
(baillements). On ne peut pas toujours
gagner
sur toute la ligne...
|
|
 |
L'année
commence face aux Torres
del Paine, sous un soleil radieux et un
vent... patagonien. Je pars seule pour une petite balade, et
perds plusieurs fois l'équilibre. Charles part à
son
tour, et je me décide à sortir les Graines de
Baroud' (un
tel surnom, ça se mérite!). Au milieu du parking,
une
bourrasque se lève et semble vouloir tout emporter, enfants,
poussette et doudous. Les guadaparques
viennent à la rescousse, les larmes des enfants
sèchent rapidement à la vue du
pain
d'épice mais je suis encore sous le choc. Nous
passerons
donc les trois prochains jours à faire de la peinture dans
le camping car,
en
attendant que le vent SE CALME ! |
| Dommage parce que le lago
Grey offre une palette de couleurs magnifiques, avec ses
icebergs bleutés et son eau turquoise sous un ciel
tourmenté. Nous
parvenons quand même à faire une photo de
famille, au
prix de bien des efforts... et de 2 sucettes à
l'orange. Dans
le parc, le moindre hôtel affiche minimum 4
étoiles...
pas la
moindre cafét où se réfugier, pas la
moindre salle
commune pour se réchauffer. Le camping car commence
à nous sembler petit, la cohabitation H24 devient
difficile, le vent forcit et nos nuits blanchissent. Nous
décidons donc de lever le camp, laissant à
d'autres ce "paradis de la randonnée" (sic). |

|
 |
Un peu
déçus quand même, nous nous donnons
une dernière chance... et
là, miracle, l'accalmie nous attend sur la rive du lago Azul.
Tellement inespérée que Charles
n'hésite pas
à se lever à 5h30 pour nous ramener de
magnifiques photos
d'oiseaux. Et entraîne un peu plus tard toute la famille
pour une vraie
balade-pique-nique. Grâce à une belle
tenacité, nous
profitons enfin du Torres del
Paine...
|
Contrairement à ce que vous pensez, ce n'est pas la "fille
du
sud" qui peste contre la météo, puisque j'insiste
au
contraire pour continuer vers la Terre de Feu. C'est la
mère de deux petites boules de nerfs, qui tournent en rond
dans
le camping car comme des fauves en captivité... Lors de ce
qui
me paraît être une tempête, je demande
à un
taxi de
Rio Grande
:
- "Mais que font les enfants, ici ?
- Ils regardent la télé."