San Elijo State Beach, 15
miles au nord de San Diego
26 décembre 2005
Dernière étape californienne.
Ce matin, nous
découvrons le camping où nous avons atterri dans
la nuit.
Le flux des vagues couvre enfin celui de la Highway 1, le soleil
chauffe timidement, nous déjeunons pour la
première fois
en plein air… « on dirait un pique-nique
» dit
Romain ravi.

|
Un
peu
hébétés par le rythme
effréné de ce premier mois, nous allons
rester là quelques jours pour recharger les batteries. En
fin de
journée, grisée par l’odeur de la mer
et le soleil couchant, je
traverse le camping jusqu’à l’accueil du
State Park pour prolonger
notre séjour. « Ah, je ne peux pas, il faut
revenir demain matin à 9h,
pour l’instant c’est libre, mais il peut y avoir
une réservation. Heu,
mais si je paye les deux prochaines nuits en avance, c’est
une sorte de
réservation, non ? Visiblement, non. Mais nous ne sommes
plus à une
douche froide près, alors je reste philosophe, et je me dis
que le site
étant wifi, je pourrais peut-être
réserver par internet en étant à
l’intérieur même du camping…
bienvenue à dingoland ! |
Ce
premier carnet de route n’en est pas vraiment un.
La
Californie n’était qu’un tour de
chauffe, nous le
savions, et la tête dans le guidon les ¾ du temps,
nous
n’étions peut-être pas «
disponibles »
pour faire de belles rencontres. Mais difficile d’ignorer le
goût amer que nous laissera ce tout premier mois…
Déroutés, nous l’avons souvent
été,
mais pas vraiment dans le bon sens… par des bus qui
n’acceptaient que les poussettes fermées (pratique
avec 2
enfants et deux sacs à dos), des micro-ondes
réservés aux produits « maison
» et donc non
habilités à réchauffer ne serait-ce
qu’un
biberon, même dans un musée
expressément
conçu pour les enfants, par des gérants
de camping
capables de nous refuser l’accès à leur
téléphone pour souhaiter « joyeux
noël »
à nos |
 |
| familles, malgré
notre « prepaid
carte
» qui couvrait tous les frais. Déjà
bien
grignoté par les aléas du camping-carisme et
notre
adorable marmaille, notre capital « scout toujours
» en
prenait chaque fois un sacré coup. |
| Ici,
il y a des règles
et des règlements, immuables et indiscutables (ça
me
rappelle vaguement quelque chose…). Nous avons vite appris
à nos dépens que les angles sont
forcément droits,
malgré tout notre savoir-faire hexagonal pour les
arrondir… |
 |
Les
rangers sont venus nous voir un soir parce que
nous nous étions mis sans le savoir sur un emplacement
«
pour vélo » (indiqué nulle part mais
nul
n’est sensé l’ignorer s’il
veut
prétendre camper en Californie) ; le camping
s’étant rempli entre temps, nous avons
demandé la
permission de rester sur le parking en attendant le jour (il
était 23h), impossible, puisque leur règlement
stipule
« 20 min maximum daytime » ! |
 |
S’il y
eut quelques réconforts en (dé)route, nous
les devons aux Californiens d’adoption,
Hélène et
Steven, et puis quand même, pour les Californiens de souche,
aux
biches, écureuils, otaries et dauphins qui ont
ensoleillé
notre descente vers San Diego… ainsi que le directeur de
l’hôtel Johnson, enthousiasmé par notre
projet et
notre Harvé, et prêt à nous le
racheter, dans deux
ans « ou dans deux mois quand vous en aurez marre »
! |
| Nous
avons bien essayé de temps en temps de
profiter de cet
État fantasmé… il restera de belles
images, notre
première virée avec Harvé dans le
Yosemite
enneigé, une apaisante balade dans le somptueux campus de
Stanford, le superbe aquarium de Monterrey, la mer
déchaînée de Pacific Grove. Mais nous
sommes
passés à côté de bien
d’autres belles
choses encore, agacés par les prix des parkings «
publics
», des visites pour gogo à plus de 20 $
l’entrée, des accès à la mer
payants…
ou strictement interdits pour ne pas déranger les midinettes
hollywoodiennes. |
 |
Partout, tout le temps, et d’abord dans les discours des
Californiens, l’omniprésence du billet vert. Un
rythme de
travail effréné (non, le Californien ne vit pas
cloué sur un surf à la recherche de
l’esprit de la
vague) pour assurer son standing dans un des plus riches (et plus chers
!) États du pays. Pas de vacances (la « norme
» est
de deux semaines par an ici), parce qu’il faut payer le
loyer,
et, avant de pouvoir passer du temps avec ses enfants, assurer leur
santé et leurs études. Forcément, avec
20 mois
« sabbatiques » devant nous, nous passons pour de
sacrés originaux. Nous avons bien essayé de ne
pas
généraliser, mais le soleil californien ne semble
briller
que pour les riches… voire les très riches.
Même
nos voisins « campeurs » roulaient en
décapotable et
se sont mis en costard cravate pour fêter Noël dans
leur bus
de luxe.
Alors pas de regret, adieu Hollywood, Venice Beach et Beverly Hills,
nous ne cadrons pas dans le paysage… mais vous ne cadrez pas
non
plus avec notre idéal de voyage !
ps : quelques regrets quand même : le "ouaille-faille". Pas
difficile de se désintoxiquer du portable, mais la
dépendance à internet est tenace... du coup,
quelle
jubilation de pouvoir profiter de la connexion WIFI d'un resto, motel
ou particulier en s'installant discrètement (!) sur un
parking
voisin...