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Nous quittons
à regret Popayán,
la ville blanche, au sud de la
Colombie. La Colombie ???
Si señor… il est temps de passer aux aveux : n’ayant pas trouvé de liaison pour l’Equateur nous nous sommes "déroutés" pour de bon… en Colombie ! Ce qui rajoute, tout de suite, du piment au voyage. En France, la Colombie, c’est le café, la coke, les Farc et Ingrid Betancourt. Mais six mois de voyage nous ont appris à nous méfier des idées reçues ! Après coup, bien sûr, c’est FARCile de pavoiser… mais nous n’en menions pas large. Notamment en recevant ce mail de l’ambassade de France : Bonjour, J'ai bien reçu votre mail concernant votre voyage en Amérique et votre déconvenue relative à l'itinéraire que vous aviez initialement programmé. La seule information que je puisse vous donner avec une absolue certitude est la suivante : ne passez en aucun cas par la Colombie. A partir de la semaine prochaine le pays rentrera dans une période très "tendue" avec la conjonction des élections présidentielles et le 41ème anniversaire de la création des FARC. A ces occasions, les groupes paramilitaires redeviennent très actifs et leurs actions se multiplient : attentats, enlèvements, assassinats, etc. Il n'existe aucune route, allant de Cartagena à l'Equateur, offrant une quelconque garantie de sécurité. La Colombie est en général un pays à éviter, elle l'est d'autant plus actuellement et je ne saurai que vous recommander très vivement de trouver un autre itinéraire excluant toute traversée du pays. Plus de 40 % du territoire est sous le contrôle des guérillas et l'une des zones particulièrement concernées est la zone sud, frontalière avec l'Equateur. Charmante invitation au voyage... pas à prendre à la légère, mais impossible de faire demi-tour ! D’autant que d’autres sons de cloche nous parviennent, bien plus rassurants. Uribe, le président actuel, a largement renforcé la sécurité sur les axes routiers, dont la Panam’ que l’on devrait suivre tout du long. Forcément, il ne fait pas bon traîner dans certaines zones, encore aux mains de la guérilla, mais elles sont connues, bien délimitées et si elles représentent 40% du territoire, c’est en incluant une bonne partie de l’Amazonie et des zones très difficiles d’accès. Ailleurs, le climat est plutôt stable. Par Internet, nous prenons contacts avec des Colombiens, tellement enthousiastes à l’idée de nous faire découvrir leur pays qu’ils en oublient que nous n’avons pas exactement le cœur à faire du tourisme… De Bogotá, Pascal et Carolina peaufinent notre itinéraire, et un voyageur anglais achève de nous convaincre : "je viens de traverser le pays, la seule fois où je me suis senti en insécurité… c’est en lisant le mail de l’ambassade". Comme lui, nous avons fait le grand saut, et à aucun moment nous ne l’avons regretté ! |
| Traverser la Colombie, c’est ajouter presque 2000 km au compteur. Soit huit longues journées de voyage, ponctuées par des pluies diluviennes, sur des routes de montagne où bus et poids lourds font la loi (heureusement, on en impose aussi !). Nous avons des consignes : ne pas rouler de nuit, dormir dans des endroits sécurisés, se renseigner à l’avance sur l’état des routes et tenir quelqu’un au courant de nos déplacements (exceptées nos mères). Pas forcément une partie de plaisir donc, quand l’appréhension légitime s’ajoute à la fatigue du voyage. | ![]() |
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Une chance, pour la première partie de la route (jusqu’à Bogotá), nous accueillons à bord un couple de routards, David et Julie. Tout à nos récits de voyages, nous en oublions complètement où nous sommes, et les barrages militaires deviennent plus cocasses qu’inquiétants. Même le long de la Sierra Nevada, haut lieu du trafic de drogue, où nous croisons un militaire tous les 500m. Souvent, on nous arrête pour vérifier nos papiers. Nous sommes presque en règle, manquent seulement la carte grise (en France !) et l’assurance (obligatoire), du coup, les séances d’impro de Charles sont assez savoureuses… mais efficaces ! |
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On nous met en garde sur le dernier tronçon de route avant la frontière équatorienne, dans le département de la Cauca, repaire de trafiquants d’armes. Nous en sortirons effectivement désarmés, mais par la splendeur des paysages. Pas un chat sur la route, mêmes les contrôles se font rares (et désolée si l’absence de forces de l’ordre me rassure plus que leur surnombre). Finalement, passé le nord du pays, les militaires ont vite laissé tomber le prétexte des contrôles de papiers pour demander directement à faire la "visite guidée". C’est un vrai défilé dans le camping car. Curieux et courtois, ces messieurs s’extasient sur les yeux d’Inès, notre salon ou le micro onde. Un peu bizarre de voir des armes au-dessus du berceau, mais l’ambiance est si bon enfant qu’en partant, ils posent même pour notre album souvenir. |
| Même si la Colombie regorge de beautés naturelles, par sécurité et surtout par manque de temps, il nous est impossible de sortir des sentiers battus. Nous ne faisons donc halte qu’à Cartagena, Bogotá et Popayán, trois fleurons du tourisme colombien. | |
| Nous découvrons Cartagena le jour des élections présidentielles. Les rues paraissent relativement tranquilles, seuls les abords des bureaux de vote sont fermés et sévèrement gardés par des militaires armés (pléonasme). Ceux qui ont résisté aux sirènes de l’abstention se voient minutieusement fouillés, de quoi regretter de ne pas avoir choisi la plage. Vers 17h, nous croisons quelques rares Colombiens, l’oreille collée au transistor. Les résultats sont sans surprise, Uribe passe au premier tour avec plus de 60% de voix. Sa politique de fermeté envers la guérilla a, semble-t-il, convaincu les Colombiens… du moins, les 45% qui sont allés voter. Personne autour de nous n’a l’air de s’émouvoir outre mesure de ce raz-de-marée annoncé. | ![]() |
| Mais le lendemain, férié toujours, les militaires sillonnent encore la ville. "Le pays est inquiet, on redoute une réaction de la gauche", nous dit le taxi. | |
| Un peu assoupie par la chaleur, Cartagena dégage un charme fou. Ses bâtiments coloniaux magnifiquement restaurés lui donne un air de Vieille Havane, en plus authentique. Boudée depuis près d’une dizaine d’années par les touristes étrangers, elle ne doit sa survie qu’au tourisme local. Nous ne nous lassons pas de parcourir les rues, bien plus animées en semaine. Dommage que deux incidents viennent assombrir le tableau… sous un porche de la ville, je me fais bousculer pour une petite chaîne que j’ai autour du cou, et plus tard, un pickpocket ouvre une poche de mon sac, heureusement vide. Rien de bien méchant, mais qui nous fait ouvrir les yeux… Cartegena a aussi son côté sombre, des murs délabrés, des rues insalubres, des petits vendeurs miséreux. Derrière ses remparts millénaires, la ville ne cache pas que des trésors. | ![]() |
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Aussi blanche que Cartagena est colorée, à l’autre bout du pays, Popayán nous séduit plus encore. Une nouvelle fois, c’est le week-end, les musées sont fermés mais les rues nous appartiennent. Etincelante le jour, la ville devient féerique à la tombée de la nuit, quand le ciel vire au bleu roi et que les réverbères s’allument. Cette blancheur immaculée et la profusion de clochers dégagent une telle sérénité ! À tel point que je m’attarde plus d’une heure sous la pluie, fascinée par les jeux de lumières. Sans même m’émouvoir d’être seule, de nuit, dans la rue, en Colombie… | ![]() |
| Parce qu’en se focalisant sur une
minorité
d’agités, l’Ambassade de France omet de
dire qu’il existe aussi une grande majorité de
Colombiens pacifiques et généreux, impatients de
partager leur amour du pays. Déjà
à Cartagena,
l’hôtel Bellavista,
charmante pension de
famille, nous a donné un bel aperçu de
l’hospitalité colombienne. Personnel et clients
étaient aux petits soins et au bout de quelques jours, nous
faisions presque partie des meubles ! A Ibagué,
après une nuit dans le jardin d’une
maison de retraite, nous avons eu droit à une
prière collective pour mettre les anges de notre
côté en cas de mauvaise rencontre.
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| Les enfants surtout étaient curieux de notre aventure. Ils prenaient Harvé d'assaut, nous posaisent plein de questions, nous ont même une fois pris en photo et demandé des autographes ! A Bogotá, après trois longues journées de route, l’accueil de Carolina, Tomas et Pascal nous a requinqué en un clin d’œil. Ami d’amis d’amis (!), ils n’ont pas hésité à nous ouvrir leur porte, dans le but avoué de vaincre nos derniers préjugés. Tant de gentillesse d’un côté, de richesses naturelles et historiques de l’autre, je crois que c’est en feuilletant leurs albums que nous avons pour la première fois parlé de revenir… | ![]() |
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