Péninsule Valdés, novembre-décembre 2006

À nos yeux, la Patagonie est une région mythique aux contours flous, et nous y entrons sans même le savoir, dès Neuquen, pratiquement à la moitié du pays ! Encore à peu près 2000 km en ligne droite pour descendre jusqu'en Terre de Feu. Après un Mendoza-Puerto Madryn avalé en 2 jours, nous retrouvons grands-parents et enfants, hâlés et ravis par leur semaine iodée !
Puerto Madryn est une station balnéaire agréable… du moins telle que nous la découvrons hors saison. D'après les cartes postales, en janvier-février, la plage ressemblerait à celle de Punta Loma, quelques kilomètres plus loin, une marée de vacanciers au coude à coude, mais là, il s'agit de lions de mer... 
Pour préparer notre rencontre avec la Péninsule Valdés, nous allons aux renseignements. L’écocentro de Puerto Madryn, superbe, se révèle une source d’informations indispensable dans notre cas. Romain n’a pas besoin de savoir que nous avons vécu plus de 10 fois son âge sans distinguer un phoque d’une otarie…
colonie

baleine
Nous repartons avec toutes les infos nécessaires à satisfaire la curiosité d’un enfant de 3 ans… et la nôtre ! Les baleines, enceintes depuis le printemps dernier, reviennent dans la péninsule au bout d’un an pour accoucher. Elles y restent environ 6 mois, le temps pour les petits baleineaux de s’endurcir avant de repartir cap au sud pour affronter les océans… Ces gentils monstres pouvant atteindre jusqu’à une trentaine de tonnes sont tout à fait inoffensifs… elles n’ont même pas de dents, et se nourrissent donc exclusivement de krill et plancton, longs de quelques centimètres à peine, de la purée, quoi !
Fin novembre à Valdés, le spectacle touche à sa fin, mais une dizaine de baleines traîne encore dans la baie. De vrais bêtes de scène, sauts périlleux, poiriers, saltos arrière et révérence de la queue... de telles acrobaties, vue leur taille, c’est tout simplement magique, Valdés nous tient sous son charme.
Pari gagné, malgré bien des contretemps, les enfants auront vu les baleines avec leurs grands-parents !
baleine
Je m’offre un deuxième tour « bonus », une sortie au crépuscule… le petit zodiac blanc à la côte auprès des baleines, et elles s’approchent tout près… trop peut-être ? Le guide s’inquiète du baleineau, aux mouvements de queue imprévisibles, mais n’a pas l’air de s’émouvoir quand la mère glisse lentement sous notre coquille de noix. Puis, elle sort la tête de l’eau, gigantesque, à deux ou trois mètres seulement de notre embarcation… qui observe qui ?
 
bivouac C'est la fin du show, mais nous avons droit à plusieurs rappels. Grâce au bouche à oreille, nous échouons à Punta Pardelas. Le site, une vaste étendue rocheuse qui surplombe la lagune, est déjà magnifique. Mais quand nous réalisons que les baleines viennent y pointer le bout du museau à quelques mètres à peine, ça devient carrément du délire ! 
Les journées passent, au rythme de leurs visites, surtout ne rien faire de trop prenant pour tout laisser tomber au moindre frémissement de queue... 
C'est dans ce contexte fabuleux que nous fêtons notre anniversaire, 1 an de voyage et presqu'autant avec Harvé !
2 pizzas, 1 quiche, 1 gateau au chocolat et un autre au yaourt, on déploie d'un coup tout l'éventail de notre savoir-faire culinaire ! Car malgré le départ émouvant de Totti et Paddy, nous sommes très entourés par deux autres familles en vadrouille, l'une française, l'autre belge, soit 6 enfants (en plus des nôtres !). Pardelas devient une grande cour de récré ou une terrasse de premier choix pour un apéro devant les baleines au soleil couchant, c'est selon... pas mal pour un mois de novembre !
zenfants
Au bout d'une petite semaine, nous nous décidons enfin à tourner la page, mais sans nous concerter, nous nous retrouverons régulièrement sur la route du sud, à la plus grande joie des petits (et des grands !).
Si les baleines volent la vedette, il y a bien d’autres curiosités à Valdés, notamment une des rares colonies d’éléphants de mer de l’hémisphère sud. Fin novembre, la saison des amours n’est déjà plus qu’un souvenir, les mâles ont filé et les femelles ronflent ventre à l’air sur le sable… On peut les trouver particulièrement amorphes, mais il faut leur rendre justice... Elles arrivent à Valdés en septembre pour accoucher d’un bébé de 30 kg, qui va engraisser de 3,5 kg par jour pendant l’allaitement. Au bout d’un mois, il est autonome, et sa mère peut donc… réintégrer joyeusement un des « harems » et se faire à nouveau féconder par des mâles frôlant les 3 tonnes, avant de retourner en mer se refaire une santé... quelles femmes ! elephants de mer
bisou lions La vie d’une lionne de mer n’est pas beaucoup plus enviable... les mâles désertent moins rapidement le domicile conjugal, puisque nous avons pu en voir, mais la cohabitation est parfois difficile... Au moins, ils ne pèsent "que" le double de leur femelle, soit 300 kg environ.
Ah, j’oubliais, les lions de mer, qui se dandinent sur leurs pattes avant, sont des otaries, et les éléphants de mer, qui se traînent à plat ventre, des phoques ! 
orque Notre dernière journée sur la péninsule ? Mue par un pressentiment et un entêtement typiquement féminin, j’insiste pour retourner sur nos pas jusqu'à la Caleta Valdés. L’argument est faible (!), mais nous faisons quand même les 80 km de piste… et là, au détour d’un virage, que voyons-nous sortir de la lagune… DES ORQUES !!!  dauphin
Bon, je n'en rêvais pas depuis ma prime jeunesse, mais il faut savoir que pour un voyageur à Valdés, les orques, c’est un peu le Graal… Profitant de la marée, elles se jettent parfois sur les plages pentues de la Caleta pour attraper les bébés phoques, mais le spectacle est aussi rare que fascinant ! Nous ne verrons pas d'assaut, mais deux orques glissant majestueusement à quelques mètres des éléphants de mer alanguis... pas très photogénique, alors je vous glisse à côté un tonina rencontré à Puerto Rawson, même famille des dauphins, même couleur domino, mais légèrement plus petit (1,5m contre 8 m !). On a d'autant plus de mérite de l'avoir pris au vol, non ?

Derniers hôtes de marque de Valdés, les manchots de Magellan. Mais ils sont encore plus nombreux et accessibles à Punta Tombo ou plus bas, à Cabo los Bahias. Ça tombe bien, c’est notre route, nous aurons tout le temps de faire plus ample connaissance ! Le passage de la nage, où ils excellent, à la marche, est assez problématique... ils s'emmêlent les pinceaux, puis continuent très dignes, avec une démarche à la Charlie Chaplin. Inès est dans son élément, on aimerait les filmer ensemble, mais impossible de les faire se dandiner dans le même sens, ce sera donc Romain qui nous mimera la Marche de L'Empereur !
Ces manchots de Magellan ne sont pas forcément beaux, mais...
surpopulation Ils aiment vivre en communauté, si possible à quelques mètres des voisins pour ne rien perdre de ce qui s'y passe...
Ils piaillent à qui mieux mieux au lieu de nettoyer devant leur porte, du coup, on est un peu surpris par "le bruit et l'odeur" !
Ils roulent des mécaniques quand ils se déplacent en bande...
armee
couple
...mais font moins les malins quand il faut entonner la sérénade !
Heureusement, la belle n'est pas farouche, un ou deux cris bien poussés, et c'est le french kiss assuré ! A moins... qu'il ne faille d'abord lui offrir le resto (et oui, chez les manchots, le poisson "prémâché" est une belle preuve d'amour).
french kiss
famille Ils s'unissent donc pour le meilleur et pour la marmaille, qu'ils couvent, nourrissent et subissent conjointement.
Jusqu'à ce que le petit manchot gris blanchisse sur le devant, noircisse dans le dos, et que devenu adolescent, il rêve à son tour d'aller taquiner la manchote avec ses copains...
jeune pingouin
... bref, ils nous (vous ?) ressemblent !

bulacios family Nous enchaînons toujours des kilomètres de routes monotones et des réserves naturelles magnifiques. Les villes se font rares, les ravitaillements difficiles. A Trelew, on profite d'un changement de frigo pour passer de longs moments avec une famille rencontrée à Punta Pardelas. Laura, Gerardo et leurs filles, Candelaria et Bianca, nous font goûter à l’hospitalité patagonienne, au cordero grillé et aux fruits du jardin… on se régale ! Nous repartons les bras chargés de cadeaux, des dessins, fossiles, 1 kg d'amandes, des cerises et même du cassis fraîchement cueilli ! Conquis, nous nous invitons avec un pique-nique 2 jours plus tard pour entendre à nouveau Laura et son succulent franco-castillan ! asado

guanaco Dernier arrêt sur cette côte : le parc Monte Leon. Une réserve naturelle abritant guanacos, lions de mer et autres espèces familières maintenant... Nous dormons en haut d'une belle falaise, face à la mer... et nous affrontons une nouvelle particularité de la Patagonie, qui ne va plus nous lâcher : le VENT. monte leon
Pratiquement impossible de sortir les enfants sous peine de les voir s'envoler. La porte de nos amis belges (les Aquandes) est tout simplement arrachée ! La Patagonie va nous apprendre la patience, l'art de jaillir dehors à la moindre accalmie. C'est ainsi que nous arrivons quand même à faire une longue visite aux manchots,  en rentrant au camping car à 9h du soir quand même, soit encore deux bonnes heures avant la tombée de la nuit !
Signe révélateur, depuis que nous sillonnons la Patagonie, les questions de Romain ne portent plus sur la mécanique, mais sur la météo : "le vent est tombé ? le vent a tourné ? le vent s'est levé ?"... 
les copains

Toujours avec les Aquandes, nous parcourons la forêt pétrifiée de Sarmiento. Les arbres ont été déracinés, puis ensevelis sous les cendres lors de fortes éruptions volcaniques. L'eau de pluie, chargée de minéraux, est entrée et s'est cristallisée dans les moindres espaces ou cavité du bois.  Peu à peu, avec l'érosion, ces arbres "pétrifiés" réapparaissent à la surface. Les enfants sont impressionnés par ces immenses troncs qui résonnent comme de la pierre, mais se les approprient quand même ! Aucun respect pour les fossiles...
la bande
Un peu plus au sud, nous visitons une deuxième forêt pétrifiée, beaucoup plus ancienne, celle de Santa Cruz. Les deux valent le détour, mais on vous a déjà bluffé par nos connaissances zoologiques, on vous fera le cours de géologie au retour !

Et puis, il a fallu choisir : Ushuaia ou les Glaciers ? Nous avons opté pour les Glaciers avant la haute saison, le Perito Moreno pour Noël et Torres del Paine au nouvel An... Une programmation de rêve, malgré la BO entêtante "Vive le vent, vive le vent, vive le vent d'hiver"...

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