Cuenca, fin juin 2006

Après notre "détour" en Colombie, les 3 semaines prévues en Equateur se sont évidemment réduites comme une peau de chagrin… Ça permet de clore la discussion sur les îles Galapagos, auxquelles nous préférons l’intérieur du pays : Ibarra, Otavalo, Quito, Salasaca, Baños (et l’Amazonie), Alausi, Cuenca. Le tout ficelé en 10 jours à peine, on va pouvoir monter un tour opérateur, "niños incluidos !"
Pour corser les choses, je traque en plus les jours de marché : samedi pour Otavalo (tant pis !), dimanche pour Salasaca, jeudi pour Cuenca… flop total ! Les marchés ont lieu à peu près tous les jours, sauf les marchés aux bestiaux, pour ceux qui ont le cœur bien accroché, et ils nous laissent un peu sur notre faim… ce qu’on retient d’Otavalo ? La naissance du petit cousin Paul (apprise par internet) et la recherche enthousiaste d’un pull en alpaga taille "naissance" !!!

À Baños, l’envie nous titille d’aller faire un tour dans la jungle. Pas de risque de palu (pas de moustique à cette altitude), et on peut adapter le programme… un pari un peu osé, mais qu’à aucun moment nous ne regretterons (enfin, si, la veille du départ, quand Inès se réveille de la sieste avec 39° de fièvre…  alors qu'on vient tout juste d’acheter les billets !).
Après 2h de camionnette, nous nous enfonçons dans la forêt amazonienne. Nous avons un guide, Juan, rien que pour nous quatre, ce qui nous permet de caler notre rythme sur celui de Romain (qui s’enlise courageusement dans la boue). Juan anime la marche, nous tresse des bandeaux d’indiens et prévoit même des récompenses : une baignade revigorante dans la cascade pour Romain et un saut au bout d'une liane pour Charles. 
jungle
pirogue
En fin de journée, encore un bon quart d’heure de grimpette pour atteindre le bivouac, au sommet de la jungle, grandiose ! Le lendemain, petit tour en pirogue (séance frisson, la pirogue prend l’eau et tangue dangereusement) et visite d’un village traditionnel, dont on ressort peinturlurés et maîtres es sarbacane faute d’avoir eu un réel échange avec les villageois. Nous avons adoré cette escapade amazonienne… seul bémol : dans notre cabane dans les arbres, à l’heure de repartir en forêt, Juan sort de la cuisine… une télé !!! Juste pour voir l’Equateur entrer sur le terrain… le Mundial nous rattrape jusqu’en Amazonie !

Le lendemain, nous tentons un nouveau défi : un des derniers trains d’Equateur, traversant de superbes paysages, relie Riobamba et la Nariz del Diablo, en passant par Alausi. Le train partant de Riobamba à 7h, nous devons le "rattraper" à Alausi… sans trop d’horaire précis ! Nous y arrivons à 11h, soit 1h avant l'heure "prévue" du train. Sauf qu’en passant devant la gare… le train est déjà là !!! On hésite, il part dans 5 min, ça se tente… on attrape les sacs et on saute dans le train. Incroyable, nous sommes dans l’unique wagon, ne manquent que les billets… et le biberon d’Inès. alausi
sur le toit
Mais je rattrape ainsi ma bêtise de Creel, où j’avais fait louper le train à toute la famille ! Il faut une heure pour aller jusqu’à la Nariz del Diablo, la voie descendant dans le canyon en zigzaguant… impressionnant. En bas, on met la loco devant… et on fait demi-tour ! L’occasion est trop belle, nous sautons sur le toit ! Charles et moi sommes tout excités… contrairement aux autres voyageurs qui au bout de 5h commencent à trouver la balade un peu longue, et à nos deux têtes blondes, qui ne réalisent pas leur chance… et ne pensent qu’à leur déjeuner !!!

panama du marché Nous enchaînons jusqu’à Cuenca, où nous arrivons le soir en piteux état : Inès toujours un peu patraque, mais c’est surtout Harvé qui nous inquiète, plus de gaz, le pot d’échappement qui fait fondre le réservoir d’eaux usées (bonheur !), plus de freins… Alors, avant de pouvoir admirer Cuenca, nous perdons beaucoup de temps et d’énergie dans la zone industrielle. Ça nous laisse peu de temps pour visiter la ville, dommage, elle paraît bien agréable avec de beaux restes coloniaux et des marchés partout. Nous ne passons quand même pas à côté de LA spécialité de Cuenca, le Panama
Et oui, ce chapeau mythique a pris le nom du canal qui a permis son exportation et son succès mondial, mais il vient d’Equateur. Nous visitons une fabrique où les chapeaux tissés à la main par des paysannes sont blanchis, traités et mis en forme. La visite de la fabrique m’enchante, celle de la boutique encore plus, et quand la vendeuse me précise qu’en France, ils ne travaillent qu’avec Hermès… je manque de dévaliser le magasin (snob, va !). Quand même fou de penser que les Miss France ont piqué leur chapeau aux paysannes de Cuenca… panamas

Nous reprenons la route, l’excitation monte, nous improvisons une chanson "pour le Pérou", quand à 40 km de la frontière, nous tombons… sur un barrage. Grève à durée indéterminée. La tuile. Arrêt forcé à Machala, une ville assez moche où tout le monde nous met en garde sur la sécurité. Cerise sur le gâteau, c’est le jour de fête de la ville. On se gare près de la police en cas de débordements éthyliques.
Le soir, Inès fait une crise de pleurs qui nous permet de rencontrer tout le quartier. Du coup, nous passons le lendemain en compagnie de nos nouveaux amis, devant… le match de foot, bien sûr ! L’équipe, sélectionnée pour le Mundial, est la fierté nationale, le pays entier arbore ses couleurs, et nous sommes presque aussi sonnés qu’eux quand Beckam anéantit tous les espoirs…
equipe
Malgré ces "bons" moments, on s'impatiente, déjà 3 jours qu'on nous dit que, peut-être demain, qui sait, le barrage sera levé. Mais en tant que Français, on sait ce qu'une "grève à durée indéterminée" peut avoir de menaçant !

Alors, on décide de reprendre la route des montagnes pour passer la frontière à Macara. Soit 2 jours de route pour se retrouver à peu près au même point, et il ne nous restera ensuite que 3 jours pour rejoindre JB et Anne à Lima !!! Dur pour le moral, du coup, n’écoutant que mon 6° sens féminin, j’insiste pour prendre la route "qui coupe" sur la carte plutôt que de suivre la Panam’. Une intuition qui nous vaudra 140 km de piste, soit 6h dans un vacarme assourdissant, mea culpa, je serai maintenant plus appliquée dans ma lecture de cartes... piste

Une journée infernale, mais les paysages sont magnifiques, et les scènes paysannes de vrais tableaux vivants. Déjà, entre Baños et Alausi, nous avions pu observer les communautés paysannes traditionnelles, et à Ibarra, partager leur repas pendant un ou deux jours. Mais c’est vraiment cette fin de voyage qui nous ouvre les yeux sur la fierté des peuples de la Sierra. Leur visage exprime une résignation et une dignité peu communes, les enfants comme les vieillards travaillent d'arrache pied pour une vie de misère. Ils forcent le respect, et la pitié aussi... du coup l'appareil restera dans le sac, tant pis, nous ne partagerons pas ces images mais elles nous accompagneront longtemps...

lamas