| Petite entorse
quand même à cet itinéraire
côtier, le Minas
Gerais. Un petit état…
de la
taille de la France (!), devenu le joyau baroque du Brésil
grâce à l’argent des mines (or, minerai
de fer,
pierres précieuses), à la ferveur des
Jésuites
(toujours eux !) et... à la sueur des esclaves. C’est à Tiradentes que débute notre immersion dans le XVIIIe siècle. Dans les rues grossièrement pavées, les taxi-carrioles feraient presque illusion… si les chevaux ne s'asphyxiaient pas derrière les pots d'échappement ! Les coquets magasins d’artisanat se succèdent, avec à leurs fenêtres, des belles négresses alanguies. Sympathiques, mais un brin trop voluptueuses pour entrer dans nos bagages... |
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| Petit arrêt à Congonhas, pour admirer les 12 prophètes, la dernière oeuvre d’Antonio Francisco Lisboa. Fils naturel d'une esclave noire et d'un architecte portugais, il est l'artiste incontesté de la région et des splendeurs baroques d'Ouro Preto. | |
| Ville minière, petit bijou classé par l’Unesco, Ouro Preto reflète toute la démesure de l'époque coloniale : la folie de l'or, les fastes de l'architecture religieuse, le massacre de millions d'esclaves. Les Jésuites ne lésinaient pas sur le flamboyant pour impressionner les indiens et les esclaves récemment convertis.... le choeur de ND de Pilar est entièrement recouvert d'or ! | |
Chaque ruelle mal pavée, escarpée et glissante aboutit inévitablement à une église. Perchées sur les collines de la ville, elles attendent patiemment d'être sublimées par les rayons du soleil... même sans être fan du baroque, on est conquis ! |
| Pour circuler dans ce dédale de rues et d'art religieux, nous suivons Paulo. Autoproclamé "guide francophone", il nous amuse plutôt avec ses formules apprises par coeur (gare aux questions "hors programme" !), sa litanie des saints et ses définitions interchangeables du baroque et du rococo. Sa vieille guimbarde épargne surtout bien des fatigues à nos deux petits routards, même si, comme à Tiradentes, les voitures ici jurent par leur anachronisme. |
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Pour profiter
pleinement d'Ouro
Preto,
nous nous offrons
chacun une après-midi
en solo... Inès et Romain bien plus heureux au camping, quel
luxe
de profiter à son rythme et en silence (!), des toits de tuiles rouges, des balcons
colorés, des chapelles et des clochers. Le Canon ne sait plus à quels saints se vouer... il nous quittera brutalement quelques jours plus tard, par un beau dimanche de mai. Regrets. |
| Nous
quittons le Minas Gerais pour
fêter
l’anniversaire de Romain au bord de la mer. Non seulement
nous lui offrons la plage, mais un camping désert pour faire
du vélo
et
courir encore plus vite puisqu'il a 4 ans maintenant.
Pour nous
aussi c’est la fête, après le camping
sauvage, à nous l'eau à
volonté, les
lessives à tour de bras (!), le carré d'herbe
tendre qui devient "notre" jardin et
où nous nous étalons sans vergogne... Face
à la petite
crique
abritée, on est bien, très très
bien. Même les grillages autour du
camping ne déclenchent en nous aucun signal d'alarme, une
faute de
goût sans doute...
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| A quelques dizaines de mètres de là, la plage de Setiba s’anime le dimanche et accueille les familles des environs sous de petites paillotes. Nous y allons en fin d’après-midi, pour le goûter des enfants et éventuellement une petite caipirinha au soleil couchant… Je prends quelques photos, les enfants ensablés, nos 4 paires de tongues plantées dans le sable... sans me méfier d'un AUTRE cliché du Brésil, tapi derrière mon dos... |
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Une
bande de gamins s'approche de nous, et l’un
d’eux pose la main sur notre sac. Prise de court,
Inès
dans les bras, je crie pour avertir Charles, mais quand il se retourne,
l'aîné de la bande, du haut de ses 15 ans ou
presque, nous
menace d'une arme. Ils sont tellement jeunes que je n’y crois
pas, je crie, le flingue est en plastique, Charles va
réagir, ils
vont
laisser le sac et s’enfuir à toutes jambes.
Heureusement,
Charles a plus de présence d’esprit que moi et une
saine réaction : il ne bronche pas. Ces gamins-là
sont dangereux
justement
parce qu’ils sont jeunes, qu’ils n’ont
rien à
perdre, et qu’ils ne sont pas soumis à la loi
pénale. Et en général, l'arme n'est
pas un jouet.
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| Ils s'enfuient
donc avec tous nos trésors, l'appareil photo, une carte
bleue, une carte d'identité, les clés (et les
doubles !) du camping car... et le doudou d'Inès !!! On
court vers une famille qui cuve sa
bière à quelques mètres de nous et qui
n'a rien vu. Les
hommes entraînent Charles dans une course aussi vaine que
suicidaire à travers le
village. Malgré leurs judicieux conseils, "ça ne sert à rien d'appeler la police, ils sont de mèche", pestant contre notre impuissance, c'est la première chose que nous faisons en arrivant au camping. |
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Nous
ne sommes pas au bout de nos surprises…
une
patrouille arrive en un quart d'heure, prend notre
déposition (en
portugais !),
et revient une demi heure après avec un
suspect, la
carte bleue et la carte d'identité. Véridique.
Impossible pour
nous
d'identifier le garçon, bien sûr, mais il est
connu dans la
région... pour des vols à main armé.
Il part donc au poste pour "apprendre à parler". Ce 6 mai, nous nous couchons sans connaître le dénouement Sarko-Ségo... |
| Le lendemain matin, Charles fouille le coin où le gamin a été arrêté, retrouvant quelques habits et... le doudou d'Inès ! Mais la police, elle, a atteint les limites de son efficacité, et 2 jours plus tard, elle a tout oublié de notre "affaire"... Il faut accepter la perte de notre réflexe numérique. Et faire venir rapidement un serrurier, avec toutes ces clés qui se baladent dans la nature... | |
| Les enfants sont heureusement trop jeunes pour garder des séquelles, même si Romain se prend de passion pour les pistolets en légo, histoire de se sentir moins "désarmé" à l'avenir, peut-être. Nous deux, nous pensons bien encaisser le choc. Mais les répercussions sont insidieuses... les plages désertes paraissent moins engageantes, les enfants dans la rue moins innocents. Alors que Charles essaye de tourner la page, je me rejoue cent fois la scène... je m'en veux de ne pas avoir été plus discrète, plus prudente. Je pense à ce qui aurait pu se passer, si j'avais eu le réflexe malheureux de tendre la main pour récupérer le sac. Je pense à ces gamins, pour qui la vie a moins de valeur qu'un appareil photo, à commencer par la leur, quel gâchis... ah, Brasil... |
| de Rio à Bahia : la suite... |