Le braquage
de
Setiba
a laissé des traces. A quelques mois de
la fin du voyage, notre belle insouciance en a pris un coup. Mais
comment rester en froid avec le Brésil ? L'état
de
Bahia, sauvage
et paradisiaque, a vite fait de dissiper notre amertume...
| En
cette morte
saison, la côte brésilienne,
déchaînée en été,
soigne sa
gueule de bois… Les campings, les pousadas et les
plages
retournent à
l’état sauvage, ce qui n’est pas pour
nous déplaire… Itaunas est
célèbre pour ses dunes et sa quarantaine de
kilomètres
de sable blanc... On nage, on marche, on court, sans
rencontrer personne. Une paillote et un panneau surgissent au milieu de
nulle part : "Sorria !
Você
está no primeiro
quiosque da Bahia" Nous sommes donc entrés dans
l'état de Bahia, notre ultime
étape... à pied ! |
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La
petite station
balnéaire d’Alcobaça
semble endormie,
elle aussi, ou
presque... restent quelques couples d’amoureux sous les
cocotiers,
quelques parties de foot acharnées sur la plage, quelques
scènes de
pêche intemporelles... La seule menace vient du ciel, mais
nous
passons entre les gouttes. Dans le camping désert, Romain
découvre
l’ivresse de la vitesse... il s’élance
sur 2 roues, le plus
naturellement du monde, sans chute, ni pleurs, ni
bosses. Les feuilles tombent, "c’est l’automne"
s'écrie notre petit bonhomme, ravi... et il a
raison, même si sous ces latitudes, elles tombent toute
l’année.
Il fait entre
25 et 28°, à peine quelques
degrés de moins dans l'eau. |
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Les
piscines
naturelles mettent Charles au chômage technique (pas de
barrage à creuser
!), mais comblent les enfants… Toutefois nous ne
sommes pas en "vacances" mais en "voyage" et donc, malgré
les
protestations de Romain, nous quittons Alcobaça
pour
reprendre la
route. Et même la piste, pour un dernier grand frisson !
Sur un
coup de tête, nous bifurquons vers Caraiva. On nous
assure
que le chemin de terre est en parfait état et nous avons la
faiblesse de le croire... un cauchemar,
nous arrivons de nuit, exténués, après
2h de tout-terrain. Promis, Harvé, c'est la
dernière fois !
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| Caraiva
est
niché entre une rivière et la mer. On y
accède en barque,
seuls circulent quelques buggies et des carrioles tirées par
des
chevaux… Même les tongues sont superflues, puisque
les rues sont
couvertes du même sable épais que la plage. |
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Il
paraît qu’en été les clubbers de São Paulo arrivent
jusqu’ici et que la musique peut
être
assourdissante mais on a du mal à le croire... Au bout du
village, des paillotes de fortune abritent quelques familles.
Ils n’ont
pas grand
chose pour vivre... si ce n’est le spectacle du
soleil, le
matin sur la mer, le soir sur la rivière. Cet
endroit est unique, les
enfants aussi libèrent leurs shacras et
entrent dans l'eau tout habillés... un vrai
baptême
païen. Ils prendront l’apéro en
paréo, drapés comme de vrais empereurs.
Un ange
passe au-dessus des
bougies... nous sommes émus d'avoir connu Caraiva, une
semaine
avant l’arrivée de
l’électricité !
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De
Caraiva
à Puerto
Seguro, la piste longe une côte
magnifique. Le Lonely
s’est aventuré jusqu’ici, mais il
ne nous guide pas beaucoup, il
bégaye page après page, plage après
plage, "sans doute l’une des plus
belles du Brésil"…
Nous dormons à proximité de la Praia do Espelho.
À
marée haute, elle offre le vrai cliché de la
plage tropicale, cocotiers
et sable clair, à marée basse, on traque la
crevette dans les
piscines formées par les coraux. |
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| Un
matin, un couple de
Brésiliens nous fait de grands signes au bord de
la piste. Ils tiennent une fazenda
(plantation de café, de
papaye, de
goyave et 2000 têtes de bétail) et nous offrent un
déjeuner à la ferme
succulent. Geronimo est un passionné de sports
mécaniques, et
le plus naturellement du monde, il nous invite à monter dans
son ULM. |
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Le
grand jeu,
survol de la côte, atterrissage sur la plage et
rase-mottes au milieu des buffles ! Grandiose. Ils nous posent 1000
questions sur notre voyage, même s’ils
n’ont pas exactement les mêmes
critères. Ils veulent acheter un camion, y greffer une
caravane en
guise de cellule, et glisser sur le toit le jet-ski, le quad et
l’ULM ! Dire que d'autres se font braquer pour un appareil
photo... |
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Les villages, par contre, nous laissent un peu perplexes.
Trancoso est
apprécié par les jeunes de la "contre-culture",
qu’il faut traduire
par néo-hippie ou né-bab, je ne sais pas... je
salue un Français au
marché, mais en guise de réponse, je
n’ai droit qu’à une série de
tics
bizarres, digne d’un Vincent Lindon au mieux de sa forme, et
quelques
mots incompréhensibles dits d'une voix pâteuse...
pas toujours très
saine, la contre-culture.
Arraial est plus mignon, et nous
passons de
bons moments dans les petites ruelles. Nous hâtons notre
arrivée à
Porto
Seguro
pour la rituelle litanie des corvées : lessive,
plein
d’eau, courses, garagiste, etc. Le camping fait sa promo
d’hiver, nous
avons donc droit au luxe (3 piscines !) à moins de 2
€ pour toute la famille !
Nous y rencontrons
Martín,
un hippie argentin. Le "troc"
aussi est
une forme de
contre-culture, il nous couvre donc de colliers de graines et repart
avec notre dico franco-espagnol. Il me rappelle ceux de Palenque,
qui nous avaient fait une telle impression au début du
voyage,
mais lui, c'est un extrémiste de la bab attitude.
Il (sur)vit de
son artisanat, au jour le jour et au fil des rencontres. Il est au
Brésil depuis 6 mois, mais le temps a t-il encore une
signification pour lui ? Forcément, notre rythme lui
paraît frénétique, tandis que nous nous
demandons,
amusés, combien de temps nous tiendrions adossé
à un
cocotier, doucement bercé
par l'odeur de l'herbe et le bruit de la mer… chacune sa
route, chacun son voyage.
| Salvador
de Bahia
se rapproche, et déjà nous délaissons
Harvé pour de
courtes escapades, à Barra
Grande et Morro
de São Paulo. On
nous a
vanté cette dernière, une île
idyllique, mais nous arrivons... 20 ans trop tard. Un peu
surpris
de se retrouver à Touristland,
nous dégotons quand même une petite pousada qui a
échappé à la folie
des grandeurs. L’anniversaire de Charles est un franc
succès : un
hamac, une mer turquoise et deux enfants presque sages dans un petit
resto
de fruits de mer... |
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| Mais notre gros coup de
coeur,
c’est Barra
Grande…
Accessible en bateau ou
par une piste quasi impraticable en temps de pluie, ce "petit paradis
tropical" nous séduit instantanément,
malgré la
pluie qui nous rattrape. Une petite église, trois commerces,
une
communauté attachante et paisible. Pendant la
sieste d’Inès, les garçons
partent faire un
repérage en moto taxi,
et le lendemain nous louons un buggy pour découvrir l'autre
côté de la péninsule. Sur la piste
détrempée, le buggy est loin
d’être une
partie de plaisir, mais il nous permet de jouer les robinsons sur une
plage sauvage et belle, belle, belle, comme le jour...
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Le
lendemain,
nous
partons pour une longue balade à pied le long de la
côte… les enfants courent de bassin en bassin
à la
recherche de "Bernard l'ermite", et nous nous imaginons mille vies
devant les "VENDE-SE" qui
surgissent dans la cocoteraie.
Romain, allongé dans l’eau, nous tire de
notre rêverie :
- Je voudrais bien être Brésilien.
- Pourquoi ?
- Pour vivre au Brésil. |