Barra grande, mai 2007

Le braquage de Setiba a laissé des traces. A quelques mois de la fin du voyage, notre belle insouciance en a pris un coup. Mais comment rester en froid avec le Brésil ? L'état de Bahia, sauvage et paradisiaque, a vite fait de dissiper notre amertume...

En cette morte saison, la côte brésilienne, déchaînée en été, soigne sa gueule de bois… Les campings, les pousadas et les plages retournent à l’état sauvage, ce qui n’est pas pour nous déplaire… Itaunas est célèbre pour ses dunes et sa quarantaine de kilomètres de sable blanc... On nage, on marche, on court, sans rencontrer personne. Une paillote et un panneau surgissent au milieu de nulle part : "Sorria ! Você está no primeiro quiosque da Bahia" Nous sommes donc entrés dans l'état de Bahia, notre ultime étape... à pied ! panneau
alcobaca La petite station balnéaire d’Alcobaça semble endormie, elle aussi, ou presque... restent quelques couples d’amoureux sous les cocotiers, quelques parties de foot acharnées sur la plage, quelques scènes de pêche intemporelles... La seule menace vient du ciel, mais nous passons entre les gouttes. Dans le camping désert, Romain découvre l’ivresse de la vitesse... il s’élance sur 2 roues, le plus naturellement du monde, sans chute, ni pleurs, ni bosses. Les feuilles tombent, "c’est l’automne" s'écrie notre petit bonhomme, ravi... et il a raison, même si sous ces latitudes, elles tombent toute l’année.
Il fait entre 25 et 28°, à peine quelques degrés de moins dans l'eau.
Les piscines naturelles mettent Charles au chômage technique (pas de barrage à creuser !), mais comblent les enfants… Toutefois nous ne sommes pas en "vacances" mais en "voyage" et donc, malgré les protestations de Romain, nous quittons Alcobaça pour reprendre la route. Et même la piste, pour un dernier grand frisson ! Sur un coup de tête, nous bifurquons vers Caraiva. On nous assure que le chemin de terre est en parfait état et nous avons la faiblesse de le croire... un cauchemar, nous arrivons de nuit, exténués, après 2h de tout-terrain. Promis, Harvé, c'est la dernière fois !
enfants
Caraiva est niché entre une rivière et la mer. On y accède en barque, seuls circulent quelques buggies et des carrioles tirées par des chevaux… Même les tongues sont superflues, puisque les rues sont couvertes du même sable épais que la plage. caraiva
Il paraît qu’en été les clubbers de São Paulo arrivent jusqu’ici et que la musique peut être assourdissante mais on a du mal à le croire... Au bout du village, des paillotes de fortune abritent quelques familles. Ils n’ont pas grand chose pour vivre... si ce n’est le spectacle du soleil, le matin sur la mer, le soir sur la rivière. Cet endroit est unique, les enfants  aussi libèrent leurs shacras et entrent dans l'eau tout habillés... un vrai baptême païen. Ils prendront l’apéro en paréo, drapés comme de vrais empereurs.
Un ange passe au-dessus des bougies... nous sommes émus d'avoir connu Caraiva, une semaine avant l’arrivée de l’électricité !

ines

espelho De Caraiva à Puerto Seguro, la piste longe une côte magnifique. Le Lonely s’est aventuré jusqu’ici, mais il ne nous guide pas beaucoup, il bégaye page après page, plage après plage, "sans doute l’une des plus belles du Brésil"…
Nous dormons à proximité de la Praia do Espelho. À marée haute, elle offre le vrai cliché de la plage tropicale, cocotiers et sable clair, à marée basse, on traque la crevette dans les piscines formées par les coraux.
vue du ciel
Un matin, un couple de Brésiliens nous fait de grands signes au bord de la piste. Ils tiennent une fazenda (plantation de café, de papaye, de goyave et 2000 têtes de bétail) et nous offrent un déjeuner à la ferme succulent. Geronimo est un passionné de sports mécaniques, et le plus naturellement du monde, il nous invite à monter dans son ULM. 
amigos Le grand jeu, survol de la côte, atterrissage sur la plage et rase-mottes au milieu des buffles ! Grandiose. Ils nous posent 1000 questions sur notre voyage, même s’ils n’ont pas exactement les mêmes critères. Ils veulent acheter un camion, y greffer une caravane en guise de cellule, et glisser sur le toit le jet-ski, le quad et l’ULM ! Dire que d'autres se font braquer pour un appareil photo...  ulm

Les villages, par contre, nous laissent un peu perplexes. Trancoso est apprécié par les jeunes de la "contre-culture", qu’il faut traduire par néo-hippie ou né-bab, je ne sais pas... je salue un Français au marché, mais en guise de réponse, je n’ai droit qu’à une série de tics bizarres, digne d’un Vincent Lindon au mieux de sa forme, et quelques mots incompréhensibles dits d'une voix pâteuse... pas toujours très saine, la contre-culture.
Arraial
est plus mignon, et nous passons de bons moments dans les petites ruelles. Nous hâtons notre arrivée à Porto Seguro pour la rituelle litanie des corvées : lessive, plein d’eau, courses, garagiste, etc. Le camping fait sa promo d’hiver, nous avons donc droit au luxe (3 piscines !) à moins de 2 € pour toute la famille ! Nous y rencontrons Martín, un hippie argentin. Le "troc" aussi est une forme de contre-culture, il nous couvre donc de colliers de graines et repart avec notre dico franco-espagnol. Il me rappelle ceux de Palenque, qui nous avaient fait une telle impression au début du voyage, mais lui, c'est un extrémiste de la bab attitude. Il (sur)vit de son artisanat, au jour le jour et au fil des rencontres. Il est au Brésil depuis 6 mois, mais le temps a t-il encore une signification pour lui ? Forcément, notre rythme lui paraît frénétique, tandis que nous nous demandons, amusés, combien de temps nous tiendrions adossé à un cocotier, doucement bercé par l'odeur de l'herbe et le bruit de la mer… chacune sa route, chacun son voyage.

Salvador de Bahia se rapproche, et déjà nous délaissons Harvé pour de courtes escapades, à Barra Grande et Morro de São Paulo. On nous a vanté cette dernière, une île idyllique, mais nous arrivons... 20 ans trop tard. Un peu surpris de se retrouver à Touristland, nous dégotons quand même une petite pousada qui a échappé à la folie des grandeurs. L’anniversaire de Charles est un franc succès : un hamac, une mer turquoise et deux enfants presque sages dans un petit resto de fruits de mer... hamac
Mais notre gros coup de coeur, c’est Barra Grande… Accessible en bateau ou par une piste quasi impraticable en temps de pluie, ce "petit paradis tropical" nous séduit instantanément, malgré la pluie qui nous rattrape. Une petite église, trois commerces, une communauté attachante et paisible. Pendant la sieste d’Inès, les garçons partent faire un repérage en moto taxi, et le lendemain nous louons un buggy pour découvrir l'autre côté de la péninsule. Sur la piste détrempée, le buggy est loin d’être une partie de plaisir, mais il nous permet de jouer les robinsons sur une plage sauvage et belle, belle, belle, comme le jour...  coraux
bene seul rom
saut

Le lendemain, nous partons pour une longue balade à pied le long de la côte… les enfants courent de bassin en bassin à la recherche de "Bernard l'ermite", et nous nous imaginons mille vies devant les "VENDE-SE" qui surgissent dans la cocoteraie.
Romain, allongé dans l’eau, nous tire de notre rêverie :
- Je voudrais bien être Brésilien.
- Pourquoi ?
- Pour vivre au Brésil.

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