Rio de Janeiro, avril 2007

Pour résumer la situation, nous pensions accueillir mes parents, ma soeur et son mari, en vieux briscards du Brésil, havaianas au pied et todo bem au bec… mais 3 jours avant leur arrivée, nous sommes toujours à la frontière avec l’Argentine, Harvé réparé mais bridé… à 30 km/h. Alors que nous nous résignons à les rejoindre en bus, le mécano d’Iguaçu a un éclair de génie… et Harvé vrombit à nouveau !
Il nous reste 1 jour et demi pour rejoindre Rio (1500 km), c’est un pari risqué vu l’état des routes, mais ça se tente. Le 7 avril, à 2h du matin, nous nous garons triomphalement à l’aéroport… 3h avant l’arrivée du vol !!! Belle performance. Évidemment, l’effet de surprise est total et les retrouvailles aussi joyeuses qu’inespérées. À côté, une fille de Nouvelles frontières accueille elle aussi un groupe de vacanciers, avec de belles pochettes de voyage et un programme soigneusement ficelé...

ilha grande Chez nous, bien sûr, c’est l'improvisation totale… on n'a même pas eu le temps d'acheter une carte du pays valable. Nous nous laissons guider par les Toulousains, en pleine forme, alors que nous sommes à ramasser à la petite cuillière. Les enfants ont l’air un peu patraques, un petit séjour à Ilha Grande devrait les requinquer. Petit paradis tropical, une pousada par habitant, on a vite fait de se sentir revivre… L’île foisonne de sentiers de randonnées, mais Grand-père est prêt à toutes les concessions pour ses petits-enfants et nous passons donc plus de temps sur les bateaux que sur les chemins pour découvrir nos premières plages de carte postale.  manou et rom
plage Tout y est : la mer turquoise, le sable blanc et les cocotiers sous l’ombre desquels notre petite Sirène joue les Belles au bois dormant…
Finalement, c'est tous ensemble que nous découvrons le Brésil, les premiers bains de mer et la caipirinha. Nous avons une petite longueur d'avance quand même : notre bronzage " iguazu"  !
sieste

bateau de pêcheurs Nous reprenons la route avec deux objectifs : Parati et un pédiatre, puisque Inès et Romain persistent à ne pas vouloir guérir. Une chance, le camping où nous nous installons est en face de l’hôpital. Pratique puisque nous nous y rendons tous les jours… pendant 4 jours : Inès a une bronchite, qui nécessite des inhalations quotidiennes dans un appareil antédiluvien. Elle ne verra pas grand chose de Parati, la pauvre, et malgré beaucoup repos, le 2e pédiatre diagnostique un début de pneumonie. Dans le camping car, les heures de sommeil sont rares, rythmées par les quintes de toux d’Inès, c’est marrant, on ne les imaginait pas comme ça, nos nuits blanches brésiliennes…   rue parati
rue parati Heureusement, malgré leurs courtes vacances, les Toulousains sont solidaires. Les équipes tournent, pour musarder dans les rues pavées du vieux quartier, visiter la baie dans des bateaux de pêcheurs… ou jouer les garde-malade au camping. Romain, lui, guérit miraculeusement à la vue d’un autre camping car bien connu, celui des 3 enfants Chaussende ! belles

Avant de rejoindre Rio, nous faisons un détour pour visiter le parc d’Itatiaia, décevant (hors saison, la plupart des chemins d’accès sont fermés). Mais alors qu’Inès semble se remettre doucement, Romain a la généreuse idée de partager avec elle un petit virus ramassé en chemin. Retour à l’hôpital, cette fois pour une gastro toute fraternelle… Depuis 17 mois de voyage, seule la Bolivie avait mis à mal la santé de fer des enfants, et nous avions été très agréablement surpris par les services pédiatriques boliviens. Mais que dire du Brésil… comme en Bolivie et en Argentine, les hôpitaux sont gratuits, mais là, le manque de moyens est flagrant.
A Itatiaia, les infirmières ondulent dans des combis blanches moulantes qui rappellent furieusement la grande période du Disco (dans le style ABBA, vous voyez ?), mais l’équipement de l’hôpital semble se réduire au stéthoscope que le jeune médecin porte autour du cou. Souriant avec résignation, il me félicite de vivre dans un pays développé. Maigre consolation puisque je suis pour l’instant au Brésil, avec deux enfants perpétuellement agressés par de méchants virus. Trois heures plus tard (!), les résultats de la prise de sang sont heureusement négatifs, nous laisserons donc le temps guérir les enfants.

Nous sommes impatients de partir à l’assaut de Rio… N’ayant toujours aucun plan de ville détaillé, nous traversons sans complexe la plupart des quartiers du centre pour rejoindre Copacabana. Et trouvons miraculeusement à nous garer dans une rue où des sociétés de surveillance tournent 24h/24 et veilleront donc au bien-être d’Harvé. Car, pour bien profiter de Rio, nous avons réservé 2 petits apparts par une agence citée dans le guide du routard (www.alexrioflats.com) rio
Alex, le proprio, nous met tout de suite à l’aise dans un excellent français et nous offre le luxe de loger à deux rues de la plage de Copacabana, entre le Sofitel et le Mercure, à un prix nettement plus démocratique ! Une ville magnifique, un lit douillet et une douche à volonté, forcément tous les ingrédients sont réunis pour que nous jouions les prolongations ! Ce qui nous permet de rencontrer aussi la femme d’Alex, Danielle, de savourer chez eux les spécialités du pays, et d’être initiés au fameux churrasco : un ballet de serveurs proposant sans relâche toutes sortes de viandes succulentes à la broche… les Brésiliens en sont aussi fiers que les Argentins de leur parrillada, et on les comprend ! alex et daniele
christo Pour apprécier Rio, rien de tel que de prendre de la hauteur… monter au Corcovado, y saluer le Christ rédempteur et l’envier aussi un peu… quel vue il a, ce Christ, la baie de Rio à ses pieds ! En jouant des coudes, nous arrivons à être les seuls dans le cadre, et prenons la pose avant le départ de Manu et Marcos, sniff... On grimpe ensuite dans le téléphérique du Pain de sucre pour compléter la photo à 360°. Vu du ciel, difficile de dire qui a l’avantage, de la ville, de la mer ou de la forêt...
vue d'en haut
Pour changer de perspective, direction Niteroi (on se casse le nez sur le musée Niemeyer fermé !) et Paqueta, une île où l’on se déplace exclusivement en carrioles à cheval, pour le plus grand bonheur des enfants. Après quelques jours, les grands-parents nous abandonnent à leur tour, c'est déjà triste de voir partir la famille, on ne va pas en plus quitter Rio ! Alors on reste, et dans un rythme plus "voyage au long cours", nous flânons dans les églises du Centro, le tram de Santa Teresa, le jardin botanique, la feira hippie d’Ipanema, même si nos pas nous ramènent immanquablement sur Copacabana…
tram

Copa, Copacabana… la première réaction a été la déception, devant les buildings sans âme hérités des années 70/80.
Mais il suffit de quelques pas sur le front de mer pour que le charme agisse.
Quand la nuit tombe, vers six heures, les réverbères inondent la plage d’une lumière irréelle, bientôt suivie par un flot d’enfants, de ballons, de joggeurs, de marcheurs "dynamiques", de flâneurs, de vendeurs ambulants... (mais paradoxalement peu de nymphettes "Schweppes", elles préfèrent Ipanema, la plage voisine !). Nous dépoussiérons nos baskets pour entrer dans la course, sur les mythiques mosaïques noires et blanches. Avant de siroter une caipirinha ou deux, en compagnie des Chaussende, un oeil sur le spectacle urbain et l'autre sur les châteaux de sable des enfants... copacabana

favela Pas d’angélisme, Rio ne se résume évidemment pas à Copacabana… et un déjeuner avec Alain, qui travaillent aux côtés des enfants des rues, nous ramène à la dure réalité. Mais les circuits touristiques dans les favelas nous paraissent un peu déplacés, d’autant que de violents affrontements ont lieu pendant notre séjour et qu’un rapport d’Amnesty international tire la sonnette d’alarme sur les violences au Brésil. Nous nous contentons de lire, interloqués, les descriptions d’un autre touriste, Stefan Zweig, qui déplorait en 1941 la disparition probable des favelas, "cette vie naturelle, au milieu de la civilisation", "ces magnifiques et pittoresques cabanes de nègres", où "pour ces êtres sans méchanceté, un étranger qui se donne la peine de venir dans ce quartier perdu est le bienvenu et presque un ami".
Qu'il soit rassuré (sic), elles sont toujours là.


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