De Bahia à Toulouse, octobre 2007

Le plus dur reste à faire, écrire le dernier carnet...
                                                              alors que le site inachevé nous donnait l’illusion d’être encore sur les routes !
bahianaise
Nous avons donc survécu aux autoroutes mexicaines
aux bus guatémaltèques
aux garages nicaraguayens
aux nids de poule costariciens
aux ports panaméens
aux élections colombiennes
aux grèves équatoriennes
au désert péruvien
au salar bolivien
au vent patagonien
et aux gangs brésiliens...
bahianaise

Ultime étape de notre voyage, Salvador de Bahia n'en finit pas de danser sous nos yeux.

À Itaparica, en face de Salvador, j’aperçois sur son île Serge le marin, la Pousada Passageiro do Vento et sa famille recomposée. Un vieil ermite impressionnant, avec son œil malade et sa crinière blanche, mais Inès aime à se blottir dans ses bras, et Romain l’écoute comme un grand-père. On ne voit bien qu’avec le coeur... Nous adorons aussi sa filleule, Gabriele, au sourire magique, et Mauricio, homme à tout faire le jour et capoeiriste la nuit. Les esclaves, pour pratiquer la capoeira sans attirer l’attention des colons, l’avaient fait passer pour une danse. Mais autour de Mauricio, la musique s'accélère, les corps se rapprochent et les gestes se font de plus en plus vifs et précis, nous rappelant soudain que la capoeira est à l'origine un redoutable art martial. La tension monte, amplifiée par la musique du berimbau, un drôle d'instrument composé d'un baton, d'un fil d'acier et d'une calebasse. Nous vibrons nerveusement au rythme des capoeristes, tandis que les enfants partent se défouler au milieu des petits brésiliens...
gabriele
juan Sur l’île d’Itaparica toujours, je me souviens de ces drôles de destins mêlés, les deux François et Gardenia, qui nous accueillent pour nos derniers jours de voyage.
Et la brune Antonia, dont le grand regard triste semble raconter à lui seul toute l’histoire du Brésil, des hommes si beaux mais si volages, des femmes si courageuses mais si seules, des enfants si fiers mais si pauvres...
antonia

A Salvador, je revois Valérie, Hervé et leurs deux petites filles qui parlent le français avec l'accent chantant bahianais. De vrais anges gardiens qui nous aident à déjouer une dernière fois les pièges de l’administration brésilienne. Dans la pousada à leur image, simple et chaleureuse, les enfants se sentent immédiatement chez eux. À tel point que l’œil de Charles pétille quand Valérie lui avoue chercher un repreneur pour l'auberge...

bahianaises Dans le quartier historique, Stéphane, perché sur sa fenêtre, semble nous attendre... il nous entraîne dans la Casa Vila Bela, une pousada de charme, qu’il rénove depuis 3 ans. Avec sa femme, l’exquise Gerusa, et ses trois enfants, nous partons fêter Santo Antonio dans "son" quartier. Lors d'un mouvement de foule, nous perdons Romain. Je panique, mais la fête est si peu touristique que les policiers brésiliens n’ont aucun mal à réunir nos deux visages, bien plus pâles que d'ordinaire... gerusa
On s'attache vite à ce quartier San Antonio, au coeur de Bahia mais un peu à l'écart de l'agitation du Pelourinho. Et on n'est pas mécontents de jouer les pachas chez Stéphane et Gerusa. Il se passe toujours quelque chose à Bahia, et nous ne nous lassons pas de ces scènes improvisées dans un décor colonial magnifiquement ravalé par endroit, franchement décati d'autres fois.
Si certains attendent le 21 juin pour fêter la Musique, à Bahia, il n’y a pas de jour SANS musique. Comme les nombreux touristes du vieux centre, nous assistons, incrédules et ravis, aux messes survoltées, aux concerts endiablés, aux répétitions de haut vol... Tous les mardis, les groupes de percu répètent en vue du Carnaval. On a un petit faible pour les DIDA, un ensemble tonique... et exclusivement féminin, suivi par des danseurs... en majorité masculins ! Beau pied de nez aux préjugés machistes !
musique
De l’autre côté de l’Atlantique, l'excitation monte, les mails ne parlent plus que de dates, de rendez-vous et de compte à rebours. Mais il nous a fallu 20 mois pour arriver enfin à cette maîtrise de l’improvisation, de la balade sans but, de la rencontre fortuite, alors nous savourons jusqu'au dernier instant cet art de vivre à la "brésilienne", sans montre, sans plan, sans précipitation...

Ciao Bahia, je n’oublie rien...

Ah si, un petit détail quand même ! Sur Itaparica, face à Salvador, nous faisons nos adieux à ce bon vieil Harvé, qui malgré quelques faiblesses, nous aura mené à bon port. Et qui, jusqu’au bout, nous aura accaparé autant que les deux enfants réunis !
ines
C'est la fin de l'aventure, nous oscillons entre fierté et soulagement, la nostalgie viendra sans doute plus tard. Pensif tout de même, le Capitaine, à l'heure de passer le flambeau...
Sceptique, la petite Inès, à l'idée d'habiter une maison sans roues...
nostalgique
La fin d'une belle histoire, donc... mais pas pour tout le monde ! Figurez-vous qu’Harvé rempile pour un tour, un tour du Brésil, d’Amérique du sud, ou du monde qui sait... Comme un dernier clin d'oeil d'Hermès ou tout autre dieu des voyageurs, il y a quelques mois déjà, une famille marseillaise nous avait proposé de nous racheter notre bolide. À  leur arrivée, nous ne savons pratiquement rien d'eux, si ce n'est le doux prénom de leur cadette, Inès. Aussi sommes nous autant curieux qu'anxieux à l'idée de leur vendre notre véhicule américain... au Brésil.
leshommesles ineslesfilles

Alors, les enfants ont montré l'exemple... balayant nos angoisses et nos doutes, Inès la blonde a offert son lit à Inès la brune, Romain a expliqué très sérieusement le système de rangement des boîtes de jouets, et une avalanche de boucles sombres et de petits hauts roses a pris possession d'Harvé au milieu des cris et des rires... Même la séance photo sur le capot s'est passée dans la bonne humeur, on n'est pas nostalgiques quand on a moins de 5 ans !
Aux dernières nouvelles, Harvé aurait gardé son surnom qui seyait si bien à son air débonnaire, et il roulerait paisiblement cap au sud... Si vous le croisez, klaxonnez-le bien pour nous !
tous ensemble


Merci à vous tous qui avez rêvé et tremblé à nos côtés et qui réclamez une suite...
et bonne chance à ceux qui sont sur les routes !

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