Sierra Tarahumara, 18 janvier 2006

Après les six heures de ferry qui relient la Baja California au continent, nous poursuivons notre route jusqu’à El Fuerte, pour prendre le dernier train de voyageurs du Mexique, El Chihuahua al Pacifico, qui traverse les paysages somptueux de la Sierra Tarahumara. Nous partons sans billet et sans horaire assuré (il existe des brochures pour les horaires de la 1ere classe, mais celle de la classe « économique » font partie de la tradition orale). On s’attend à une quinzaine d’heures aller-retour, un pari assez risqué, mais ce train est mythique, et l’escapade « sac et bébé à dos » assez alléchante. Harvé entre de bonnes mains, nous partons enthousiastes pour Creel, pressés de quitter El Fuerte, charmante bourgade certes, mais infestée de « black flies » à cette période de l’année.

pose devant le train La loco, d’un rouge éclatant, subjugue Romain, alors que nous nous attendions à un train un peu plus folklo : dans cet ancien « 1ere classe » interdiction de manger dans les wagons, et les contrôleurs/agents d’entretien en nœud pap javellisent à grande eau sous nos pieds pendant tout le trajet ! Mais le « luxe » a du bon, le train fait mentir toutes les prévisions (7h au lieu des 8h30 escomptées !) et le voyage est très confortable malgré nos deux sièges pour 4 (la poussette bien calée accueille tour à tour Inès et Romain pour les siestes). Et en bonus, le petit Julio, 2 ans et un sacré sens du partage. 
Après la voiture de course, il donnera à Romain, ravi, un paquet de chips, des crevettes piquantes, des beignets fourrés… et tout ça avant 10 h du matin ! 

train tarahumara La ligne de chemin de fer est à la hauteur de sa réputation, défiant la gravité, tunnels et aqueducs se succèdent pour vaincre la Sierra. Charles sort régulièrement prendre des photos sur la plateforme et revient de plus en plus bleuâtre : El Chihuahua al Pacifico s'attaque en effet l'air de rien aux 2500 m de dénivelé de la Sierra Madre Occidental (à moins de 50km/h, il est vrai). D’ailleurs, après la chaleur et les moustiques d’El Fuerte, des températures bien en dessous de zéro nous attendent à Creel (2300 m). Ça surprend, mais nous sommes solides et bien équipés, et nous nous en sortons sans le moindre petit rhume !

À la vue de notre « chambre propre et joliment arrangée », je regrette instantanément notre Capucine. La chambre est froide, les draps usés jusqu’à la trame, l’hôtel vide et lugubre. Une heure plus tard, le chauffage lâche, plus de gaz, il ne nous en faut pas plus pour plier bagages et repartir de nuit vers un endroit plus accueillant, les enfants sous le bras. Nous négocions un repli stratégique dans une auberge chaude et colorée, la Casa Margarita, un vrai soulagement, nous pouvons même laisser dormir les enfants et décompresser autour d’un verre. Un vrai repaire de routards de tous âges et de tous poils, mais nous nous classons dans la rubrique  « insolite » avec nos deux demi-portions.
bus margarita's
Un vieux sage s’écrie même « mais comment faites-vous pour voyager avec deux enfants ? j’ai déjà tant à faire avec moi-même ! »

Dans l’euphorie, nous décidons le lendemain de suivre le groupe en excursion. Dès les premiers virages, un paysage rocheux s’impose au milieu des pins, magnifique, jusqu’au lac Arareko, puis la cascade Cusarare.
  Nous ne faisons que traverser les villages Tarahumara sans même croiser les habitants, ils ne tournent pas le dos à la civilisation occidentale pour accueillir à bras ouverts des touristes en mini-bus ! C’est drôle de constater qu’ils n'ont pas plus de points communs avec nous qu'avec les autres Mexicains qui composent notre petit groupe, un couple d’universitaires mexicain avec caméra et carnet de notes… C’est un tour pépère de 4 h en mini-bus, mais pour nous, un petit challenge quand même. Chaque arrêt photo d’un quart d’heure se réduit à 5 min le temps d’harnacher tout notre petit monde pour lutter contre le froid, Romain prend la poudre d’escampette dès que le guide ouvre la bouche, et Inès tente quelques vocalises, heureusement pendant un arrêt et non dans le mini-bus… À l’arrivée, nous sommes éreintés, mais ravis d’avoir entrevu la beauté de ces paysages rocheux. Pas très différents des Rocheuses américaines, ou pour les cinéphiles, de l’univers ouaté de la famille Ingalls…   cascade cusarare
 
lucky luke D’autant qu’il y a aussi des lendemains qui déchantent, et le manque de coopération de Romain nous fera abandonner tout projet de balade à cheval, pourtant l’un des « must » du coin. Nous nous contentons de sillonner Creel, qui commence à nous plaire avec ses airs de village de pionniers perdu dans la montagne. Une rue, une voie ferrée et beaucoup de poussière, on cherche l’ombre de Lucky Luke.

paysannes Mais c’est déjà l’heure du départ, nous nous installons sur le quai pour attendre le train retour. Je m’éloigne un peu pour prendre encore quelques photos, la petite place de Creel paraît soudain très attachante… deux paysannes le long de la voie puis deux chapeaux de cow-boys titillent mon objectif. Je m’approche doucement d’un cercle d’indiennes Tarahumara. Une petite fille me fait de l’œil, elle rit, fait la coquette, et voyant mon appareil, elle se met à poser outrageusement. Fou-rire collectif. isabella
  Mon regard se détache enfin, et j'aperçois de l’autre côté de la place une autre silhouette rouge et verte bien familière… non… non… NOOOOOOON !!! LE train quotidien Creel-El Fuerte me passe tranquillement sous le nez. J'hésite un instant à prendre le train en marche, mais j'aperçois Charles sur le quai, les bras en l’air, mais visiblement soulagé de me voir réapparaître, et Romain, bouleversé d’avoir vu partir SON train…  

Voilà, encore un train manqué à mon actif, mais heureusement, un taxi grassement payé pour regagner l’estime du niño a rattrapé le train et nous a laissé à la gare d’après, Divisadero. Faute d’avoir pu y descendre, nous nous contentons d’admirer de loin la Barranca del Cobre, ce canyon plus profond encore que le Grand ! Nous regrettons aussi de ne pas avoir pu pousser jusqu’à Batopilas (2 jours de bus en plus), mais… ce n’est que partie remise !

gare de creel



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barranca del cobre