Les villes coloniales, ME, 1er février 2006

Après la Sierra, deux routes s’offraient à nous : la côte Pacifique ou l’intérieur du pays. Sans vraiment hésiter, nous sommes partis à l’assaut des villes coloniales. Mais à chaque galère mécanique, chaque manœuvre impossible dans les ruelles pavées, nous percevions comme un message subliminal : Puerto Vallarta te espera…

   S’attaquer au Mexique par les villes coloniales, c’est un peu prendre l’Histoire à rebours. Nées autour du XVI° siècle des mines d’or et d’argent exploitées par les Espagnols, elles font surtout parler d’elles au moment des guerres d’indépendance (1810-1821). Difficile d’imaginer des combats acharnés sur les paisibles zocalos de Guanajuato ou Morelia, mais les musées à la gloire des héros locaux, Hidalgo et Morelos, sont là pour nous le rappeler. Musées que nous visitons avec application, pour bien distinguer les indépendantistes des révolutionnaires, tout aussi plébiscités aujourd’hui dans le palmarès des noms de rues, mais qui n’interviendront qu’un siècle plus tard. Morelia

Zacatecas Évidemment, nous visitons quelques églises… dont nous ne retiendrons pas chaque petit nom, mais toutes plus flamboyantes les unes que les autres. Impressionnés par des Christs toujours plus « vrais » et sanguinolents, nous osons quand même un pari… caser en espagnol et sans bégayer churrigueresco (vous pouvez essayer de votre côté, « churrigueresque »). Des Christs et des Vierge Marie grandeur nature ornent les devantures des magasins. Jésus
À Patzcuaro, nous assistons même à une sorte de régression collective en croisant de vieilles femmes avec dans les bras des… poupées. Un peu inquiets qu’elles s’en prennent à notre muñeca à nous, nous sommes soulagés d’entendre qu’il s’agit de l’enfant Jésus retiré de la crèche pour la fête de la Candelaria. Imaginez la taille de la crèche… Somos catolicos

lampadaire Les édifices religieux et autres bâtiments administratifs de l’époque hispanique donnent à ces villes une beauté hiératique. Elles paraissent encore plus théâtrales le soir, quand elles s’illuminent et s’animent au son des mariachis. Mais alors qu’on imaginait de belles assoupies, nous sommes confrontés à une exubérance toute mexicaine. 
Première claque à Zacatecas, où il nous faut braver tout un réseau de ruelles aussi étroites qu’encombrées pour gagner enfin le centre historique. Ça grouille, s’affaire, s’interpelle, et pour nous une idée fixe, ne pas perdre Romain dans ce bazar à ciel ouvert. Guanajuato, belle comme un musée, mais que les étudiants tiennent bien éveillée de jour comme de nuit. San Miguel de Allende, plus modeste de taille mais non de caractère, offrant ses trésors coloniaux… aux gringos argentés. Queretaro et sa puissance tranquille, dont l’effervescence pour une fois ne nous a pas semblé agressive mais sympathique. Morelia, imposante et dynamique. concert à Queretaro
 
Et nous dans tout ça ? Face à un programme riche, mais difficile, il eut une longue période de rodage. 
Pour rappeler à Romain que contrairement aux p’tits bateaux, s’il a des jambes, c’est pour marcher. Convaincre Inès que le marchand de sable trouve son chemin jusque dans les porte-bébés. Troquer Harvé pour les bus locaux, pas plus adaptés aux ruelles en pente, mais les chauffeurs, si ! Ça ne s’est pas fait en un jour, et l’équilibre fragile de notre « petit groupe » influait sensiblement sur l’intérêt de nos visites… forcément. Mais, même si nous aurions aimé goûter un peu plus aux ivresses nocturnes (il fait froid le soir à 2000m d’altitude, nos voyageurs en herbe ne tenaient pas bien longtemps !), nous ne regrettons pas du tout nos efforts. bébé au porteur

Patzcuaro Au point d’avoir même allongé l’itinéraire, en faisant un détour jusqu’à Patzcuaro. Malgré l’assèchement partiel du lac, malgré la réserve de ses habitants (nous faisons encore trop gringos !), Patzcuaro nous a totalement séduits… Impossible de renier l’héritage colonial et l’influence de la religion ici encore, mais le tout semble intégré à une vraie identité indienne. 
Difficile d’être insensible au charme de ces rues blanches et rouge ocre, si contrastées que notre appareil y perdait son latin. Nous nous sommes régalés dans les dédales des marchés, les petites boutiques d’artisanat de qualité, les zocalos entourés d’anciennes bâtisses à arcades… avant de finir par un petit tour du lac, simple et reposant. Rue de Patzcuaro

Ce parcours colonial nous a aussi appris quelques vérités : qu’une carte routière peut être fantaisiste, qu’il n’y a pas plus traître qu’un tope (dos d’âne), enfin si, un tope non signalé, qu’un Mexicain ne s’avoue jamais vaincu, s’il ne connaît pas, il ne vous laisse pas dans l’embarras, il invente… Nous avons aussi appris à mieux « connaître » notre machine. Sur la route pour El Rosario, un peu crispés par des dos d’ânes plus hérissés encore que d’habitude, nous avons découvert une fuite d’huile. Un boulon revissé et l’affaire était dans le sac, Charles pouvait reprendre sereinement le volant… un peu trop sereinement peut-être, puisque en voulant passer une vitesse, il a passé la marche arrière. Bruit d’enfer, arrêt en catastrophe, malgré deux anges providentiels venus à la rescousse, nous n’en menions pas large. Mais les Mexicains connaissent leur affaire, et un mécano surnommé "Maistro" nous a révisé tout ça en ¼ d’heure. Pressés d’arriver enfin à Cuernavaca, comme de vrais débutants, nous avons pris « la route la plus courte route sur la carte »… et usé nos freins dans la pire descente du Mexique (jusqu’ici !). Quand j’ai enfin pu m’arrêter, un des freins était en feu, les autres incandescents, mais ça n’avait pas l’air d’affoler les Mexicains autour, qui attendaient eux aussi, placides, que leurs freins refroidissent avant de repartir. Une bonne leçon pour les Andes, on pensera à se servir du frein moteur un peu plus tôt !!!

Pour nous retaper, il a fallu un dîner providentiel avec Xavier et sa bande de copains, avec brie et vin rouge s’il vous plaît (merci encore !!!). Nous avons fini ces trois semaines sur les rotules, nous avons connu des hauts et des bas, pas tout à fait à 100 à l’heure, mais à un train d’enfer quand même...
masques
Un vrai condensé de vie, après tout, c’est ce que nous voulions. Mais on a bien mérité de petites vacances (!), alors direction le Pacifique…


cowboy de San Miguel de Allende